đ§ Chronique dâun week-end au Mont dâOr (ou comment finir en fondue)
AprĂšs le succĂšs de notre escapade en Alsace pour courir le Landelow trail lâan dernier, le rendez-vous Ă©tait pris pour le week-end du 21 juin dans le Jura. Direction MĂ©tabief (qu'on prononce « MĂ©tabiĂ© » pour ne pas se faire baffer par les locaux), au pied du Mont d'Or, une contrĂ©e fort connue des adorateurs de fromage fondu et de cholestĂ©rol assumĂ©.
đŹĂpisode 1 : Une Ă©quipe de choc
La dĂ©lĂ©gation des Kuristos Ă©tait constituĂ©e de 8 tĂ©mĂ©raires, bien dĂ©cidé·e·s Ă chevaucher les pentes jurassiennes Ă la frontiĂšre suisse (sans dĂ©clarer leurs cuisses Ă la douane). Marie-NoĂ«lle, qui devait ĂȘtre de la partie, a dĂ» dĂ©clarer forfait. Mais attention, elle a Ă©tĂ© une intermĂ©diaire en or : câest elle qui nous a dĂ©gotĂ© le gĂźte ! Elle a gĂ©rĂ© les proprios Ă distance comme une cheffe. Merci Ă elle, cela nous a Ă©vitĂ© de dormir Ă la belle Ă©toile (et vu la mĂ©tĂ©o, on aurait fondu).
La grille des supplices
Quatre distances nous attendaient au menu du jour. Les cobayes se sont répartis ainsi :
Les "Petits Joueurs" (16 km) :Â Catherine, Vassilis et Valentin.
Les "Médians Masochistes" (25 km) : Aude, Sibylle et Isidro.
Les "Grands Malades" (Initialement 55 km) :Â Nathias et Vincent.
Chaleur orange
Le vendredi 19 juin, la canicule s'abat sur l'Europe. Le Doubs passe en vigilance orange. Traduction : il fait assez chaud pour faire cuire un Ćuf sur le crĂąne d'un coureur. Mais les organisateurs sont chauds bouillants : le trail aura lieu !

Le samedi 20 juin, trois voitures s'élancent de Woluwe-Saint-Lambert. Sept heures de route plus tard, arrivée à Montperreux. Pas de pépin à signaler, à part quelques fesses engourdies. Nathias, notre pilote de Formule 1, fonce chercher les dossards. Et là , c'est déjà  le drame. PremiÚre douche froide (ou plutÎt coup de chaud) : le 55 km est raboté à 44 km à cause de la chaleur.
DĂ©jĂ -vu ! Lâan dernier au Landelow, le 25 km avait Ă©tĂ© rĂ©duit Ă 15 km au dernier moment. Et devinez pour qui ? Encore pour Nathias et Vincent. Ces deux-lĂ ont un super-pouvoir : ils font rĂ©trĂ©cir les distances comme un pull en laine au sĂšche-linge.
Bougies et couperet préfectoral
Le soir, on fĂȘte lâanniversaire de Vassilis (qui avait pris un an de plus la veille). Il a soufflĂ© ses bougies avec Ă©lĂ©gance, sans dĂ©clencher l'alarme incendie du gĂźte, ce qui est un exploit vu la tempĂ©rature ambiante.

Juste avant le dodo, lâannonce tombe : le 44 km (anciennement 55 km) passe Ă Â 38 km ! Câest officiel, Nathias et Vincent sont maudits. En plus, la prĂ©fecture tape du poing sur la table : à 13h00, tout le monde dehors ! Les traĂźnards seront interceptĂ©s et rapatriĂ©s avant le pic de chaleur de 14h. Autant vous dire qu'il va falloir mettre le feu aux baskets pour ne pas se faire ramasser par la patrouille.
Le jour du grand rĂŽtissage
Dimanche, 4 heures du matin. Les réveils de Nathias et Vincent hurlent à la mort. Avalage de café en vitesse. Les départs sont échelonnés : 6h pour les grands maudits, 8h pour le 25 km, et 9h pour le 16 km.

Le profil des courses ? Une vraie boucherie. Des pentes à 30 % qui vous détruisent les fibres musculaires plus vite qu'un hachoir à viande. Les cuisses vont déguster, mais heureusement, les ravitos ont été blindés en eau pour éviter que les Kuristos ne se transforment en momies déshydratées.
13h30 : Fin du game. Le thermomÚtre de la voiture affiche 40°C. Les 8 Kuristos sont vivants, mais dans quel état de décomposition ?
đŹÂ Ăpisode 2 : La vĂ©ritĂ© sort de la bouche des traileurs (autour dâun ComtĂ©)
20h00. Le moment de vĂ©ritĂ©. Les 8 rescapĂ©s sont attablĂ©s devant une fondue gĂ©ante au ComtĂ©, le tout arrosĂ© de vin du Jura pour lubrifier les rouages internes. Câest lâheure du dĂ©briefing.

La brigade du 16 km : Embouteillages et turbo
Vassilis ouvre le bal avec une rĂ©flexion hautement philosophique : « Dites, j'ai pas bien pigĂ© le concept de votre trail... On est venus pour courir, non ? Parce que moi, j'ai passĂ© mon temps Ă faire la chenille Ă la queue leu leu dans des bouchons en pleine montĂ©e ! Jâai couru que sur le plat, câest-Ă -dire presque jamais ! » Ăclat de rire gĂ©nĂ©ral. Vassilis vient de dĂ©couvrir que le trail de montagne, câest avant tout de la rando intensive avec un dossard.

Catherine, de son cÎté, avoue avoir bien dégusté dans les montées sous ce soleil de plomb. Pourtant, quand on l'a vue franchir la ligne aprÚs 3h15 et 710m de dénivelé positif, elle affichait un teint de rose et un sourire ultra-bright. Un mystÚre de la science.
Valentin, notre amoureux des sentiers, Ă©tait un poil frustrĂ©. Son tendon dâAchille faisait la tĂȘte depuis des semaines, lâempĂȘchant de se prĂ©parer comme il se doit. La raison lâa poussĂ© Ă rĂ©trograder sur le 16 km. Grand bien lui a pris ! AprĂšs un dĂ©marrage en mode "grand-pĂšre prudent" pour tester son tendon rĂ©calcitrant, il a enclenchĂ© le turbo. Il a littĂ©ralement bombardĂ© dans la descente finale vers MĂ©tabief pour boucler l'affaire en 2h05. Chapeau l'artiste !
L'escouade du 25 km : Slalom, sueur et bloub-bloub

Pour le 25 km (et ses 1435m de dĂ©nivelĂ©), le dĂ©part est donnĂ© Ă 8h. AprĂšs un trajet stressant sur des routes jurassiennes pleines de nids-de-poule, nos trois mousquetaires prennent le temps de taper la pose. Au dĂ©part, ils rejoignent Anne et Pascal, nos chers ex-Kuristos bourguignons, venus eux aussi goĂ»ter Ă la fournaise du Mont dâOr.
Pour Sibylle, qui se plaignait pourtant de la guibolle la semaine passée, ce fut une promenade de santé (ou presque). Flanquée d'Anne, elle a avalé les bosses et les descentes pendant 4h40. Son principal défi ? Slalomer entre les concurrents et esquiver les crachats de
coureurs peu élégants. Un vrai parcours du combattant.

Aude a géré son effort sagement. Au détour d'un ravito commun, elle croise le chemin de Nathias. Les deux décident de faire un bout de chemin ensemble pour tromper la montre et échapper à la fameuse barriÚre horaire de 13h. Malheureusement, face à des pentes de dégénérés qui auraient découragé un bouquetin, ils ont dû se rendre à l'évidence : impossible de rentrer dans les temps préfectoraux. Les pourcentages ont eu raison de leurs mollets.
Enfin, terminons par Isidro. C'était son tout premier trail. Confiant aprÚs un marathon bouclé sans ciller, et persuadé que son sang espagnol le protégerait des 35°C, il est parti la fleur au fusil : sans casquette et avec une simple gourde à la ceinture. Grave erreur !
Il a vite compris que la montagne n'a rien à voir avec le bitume. Les cuisses en feu, une soif de désert africain... à chaque ravito, son cerveau lui criait de boire avec modération, mais ses mains enchaßnaient les verres d'eau fraßche en mode "cul sec". Résultat des courses : Isidro a terminé sa course accompagné par un orchestre de "bloub-bloub" mémorables résonnant directement depuis son estomac transformé en jacuzzi.

đŹÂ Ăpisode 3 : Les survivants de la longue distance et le verdict final
Les maudits du 38 km : LâopĂ©ration « Sauve qui pneu »
Il est temps de parler de nos deux grands malades, Nathias et Vincent, partis dĂšs l'aube (6h du matin, l'heure oĂč mĂȘme les coqs du Jura dorment encore). Pour rappel, leur course de 55 km a fondu comme neige au soleil pour devenir un 38 km. Un vrai coup de Jura-ssic Park pour le moral !
DĂšs les premiĂšres foulĂ©es, le duo a compris que ce ne serait pas une promenade de santĂ©, mais plutĂŽt un pĂšlerinage de l'extrĂȘme. Courir sous cette chaleur, c'Ă©tait l'assurance d'avoir les grolles qui fument et les neurones qui crament.
Vincent, solide comme un roc (ou plutÎt comme un bloc de Comté « vieux »), a géré sa course d'une main de maßtre. Malgré des cÎtes à couper le sifflet et des descentes conçues pour vous détruire les rotules, il a tracé sa route sans broncher. Il a franchi la ligne d'arrivée avec la satisfaction du travail bien fait et les cuisses en compote, mais le sourire aux lÚvres. Un vrai traileur tout-terrain !
Nathias, notre fusée et chercheur de dossards officiel, a tout donné. AprÚs avoir fait l'altruiste et soutenu Aude sur le parcours du 25 km, il a dû puiser dans ses derniÚres réserves de carburant. Les pentes de « dégénérés » ont bien failli avoir la peau de ses mollets, mais sa détermination était plus forte que la canicule. Il termine ce chantier monumental essoré, vidé, mais bien vivant. Chapeau bas les artistes, vous avez survécu à la malédiction !

đ Le bilan des Kuristos : une Ă©quipe en Or !

Au final, quel week-end de folie ! Qu'on ait couru 16, 25 ou 38 kilomĂštres, on peut le dire haut et fort :Â on a mis la barre trĂšs (Mont d') Or !
Le record du monde de "bloub-bloub" : attribué à l'unanimité à  Isidro et son estomac-jacuzzi.
Le prix de la fraßcheur Colgate : pour Catherine et son sourire impeccable aprÚs 3h15 de calvaire.
La palme du turbo-tendon : pour Valentin, le bombardier de Métabief.
Le prix de la patience infinie : pour Vassilis, le roi de la chenille en montagne.
Le diplÎme de l'esquive de bave : pour Sibylle, la slalomeuse d'élite.
Le prix de la combativité : pour Aude, qui a bravé les barriÚres horaires.
Le trophée des rescapés de la malédiction : pour Vincent et Nathias, nos guerriers du désert jurassien.
Et enfin, le grand merci : Ă Marie-NoĂ«lle, notre agente immobiliĂšre de l'ombre, sans qui nous n'aurions pas pu nous empiffrer de fromage fondu dans ce superbe gĂźte.
Lâan dernier lâAlsace, cette annĂ©e le Jura, toujours sous la fournaise... OĂč irons-nous fondre l'an prochain ? Les paris sont ouverts, mais une chose est sĂ»re : les Kuristos ne manquent jamais de ressort (ni de fromage) !
